Le 26 avril 2005, la France et l'Allemagne avaient annoncé la mise en place du projet Quaero destiné à developper un moteur de recherche qui devrait permettre la recherche de documents textes, images, sons et vidéos. C'est un programme mobilisateur pour l'innovation industrielle de 250 M€ (sur 5 ans) dont le but est de contrer la domination des éditeurs américains dans ce domaine tels que Google. Il regroupe une collaboration d'entreprises européennes comme Thomson, France Télécom, Exalead (groupe industriel Qualis) et Deutsche Telekom mais aussi de l'INA et l'Inria. C'est donc un projet ambitieux mélangeant des cultures bien différentes. Le financement, un sujet épineux, devait fonctionner en partie sur des fonds publics-privés français et allemands mais jusqu'à ce jour seule l'Agence de l'innovation industrielle a promis 90 millions d'euros.
Alors que le projet Quaero a été discret pendant plusieurs mois, le 18 décembre 2006, nous apprenons officiellement que l'Allemagne a décidé de se retirer du projet. Ils annoncent par ailleurs qu'ils poursuivront leurs propres objectifs en travaillant sur un projet national dont le programme se nomme Theseus. L'Allemagne souhaite donc réaliser un moteur de recherche sémantique. Les ambitions de ce projet s'orientent sur le traitement automatique du langage naturel permettant de comprendre le sens d'une requête et des corpus indexés. Un objectif intéressant et attendu dont je vous avais déjà parlé auparavant. Il est a noté que la décision ne date pas d'hier, en effet les partenaires industriels allemands ­ Deutsche Telekom, SAP ou encore Bertelsmann souhaitaient se retirer depuis pas mal de temps (voir le début).
Cette séparation amène finalement à deux projets nationaux. Il semblerait que des divergences entre les différents participants aient été le moteur de cette séparation. D'après les dires de l'Agence de l'innovation industrielle, ces deux projets ne seront pas rivaux mais complémentaires. Cela remet forcément en cause le projet Quaero dont la dimension était européenne.

Quelques jours plus tard (fruit du hasard ?), la Commission Européenne annonce un financement de près de 8 M€ à un projet dont le nom est Pharos. Pharos est un moteur de recherche multimédia centré sur l'indexation de contenus audio et vidéos. Ce projet vise aussi à apporter la recherche contextuelle, la recherche  d'interactions vocales ainsi que la gestion des droits, de présence... Avec l'émergence de l'utilisation de podcast sur internet ce moteur a donc une place importante dans ce marché qui est encore niche. Ce projet est par ailleurs mené par la société norvégienne FAST Search & Transfer et implique douze autres partenaires dont le Centre de recherche L3S de l'Université d'Hannovre, Knowledge Media Institute of The Open University ou encore France Télécom (encore). Il est clair que l'ambition ultime de ce projet est portée sur les problématiques d'indexation de données multimédias et non aux textes. Mais on peut se demander si il ne réside pas une rivalité entre ces projets vu la similarité des objectifs.

Durant ces dernières années, Google a acquis une position plus ou moins dominante dans les usages des utilisateurs grâce à l'interface simplifiée et à la pertinence des résultats avec le fameux PageRank. Ce qui entraine un véritable danger dû au monopole dans la distribution de l'information sur internet. Imaginez vous que Google décide de ne plus indexer certains sites internet (déjà vu) ? Ainsi ce monopole pourrait nuire aux partages de connaissances et d'informations. Il devient naturel que des industriels souhaitent contrer ce géant en fédérant ensembles. Mais je ne pense pas qu'ils y arriveront ainsi. Cherchant à concurrencer Google, les européens finiront par se concurrencer entre-eux.